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La chirurgie et les chirurgien-barbiers au Moyen Âge
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Aspects historiques :


Durant l’antiquité grecque et romaine, le corps est étudié avec soins et des principes de
fonctionnement sont établis.
Ces principes sont « la théorie des quatre humeurs » qui fait un parallèle entre les quatre
éléments (air, terre, feu, eau) et quatre humeurs corporelles (sang, lymphe, bile blanche et
bile noire).
Toutes les maladies sont dues à un déséquilibre entre ces humeurs. Les thérapeutiques auront
pour but de les rééquilibrer (Hippocrate et Galien).
La chute de l’empire romain d’occident
et les grandes invasions qui s’ensuivent entraînent une perte considérable des connaissances.
Les monastères restent les seuls îlots de savoir dans un monde qui retourne à l’ignorance.
Petit-à-petit, des écoles ecclésiastiques voient le jour vers la fin du premier millénaire. Ces
écoles vont recommencer à diffuser le « savoir » sauvegardé et les principes chrétiens.
Le corps est alors vu comme indissociable de l’âme et la maladie va être perçue comme une
punition divine.
Durant ce temps, l’apparition de l’islam et
son extension rapide aux VIIe et VIIIe siècle va bouleverser la donne
historique du Moyen-Orient,
de l’Afrique du Nord
et de la péninsule ibérique.
L’islam n’a pas cette mentalité fermée des chrétiens et la recherche est encouragée.
Plusieurs savants issus du monde musulman vont voir le jour, provenant surtout de
l’Irak (Bagdad) et
de l’Espagne (Cordoue).
Avicenne,
Averroès,
Rhazes
vont être à l’origine d’œuvres colossales embrassant tant l’astronomie,
la philosophie,
l’alchimie,
l’algèbre
que la médecine.
L’intérêt principal de ces œuvres est de redécouvrir les auteurs grecs qu’ils copient abondamment.
Aboulcassis de Cordoue (950-1013), Abu Al-Qasim ou Abu al-Qasim Khalaf ibn Abbas al-Zahrawi de
son nom complet, écrit un ouvrage de médecine de 1500 pages délimité en 30 chapitres dont le
dernier, le plus connus, traite de la chirurgie.
Il dessine des planches illustrant plus de 200 instruments et y décrit des techniques
chirurgicales qui sont inspirées, certes, par le Byzantin Paul d’Egine (625-690) mais qui
seront reprises par tous les chirurgiens du Moyen Âge (la dernière édition date de 1544 !).
Ses techniques sont empruntes de bon sens, même s'il ne se distancie pas des écrits
antiques. Il manipule la cautérisation sans trop de limites mais, d’un autre côté, insiste sur
l’observation et l’expérience personnelle.
Mais revenons à « l’Occident ».
Dans la lignée des écoles conventuelles (dépendantes des couvents) se crée, à la fin du
IXe siècle, l’école de Salerne (la Schola Medica Salernitana dans
le sud de l’Italie). Cette école va se distinguer des autres par la présence d’enseignants
laïcs et l’ouverture vers le reste du monde. Les cours sont ouverts aux étudiants de toutes
origines ethniques et religieuses.

Constantin l’Africain (1010-1087),
moine bénédictin, étudie les œuvres de Galien et des
auteurs Arabes à Cordoue,
les traduit en latin et retourne enseigner à Salerne (tel que le manuscrit "Viaticum peregrinorum" signifiant "Viatique du Voyageur" ou "Provision du Voyageur").
Roger de Parme
(né en 1180) est la figure marquante de la chirurgie de cette école. Son œuvre (la Rogérine)
n’est pas très originale mais est une bonne encyclopédie des connaissances et des techniques
de son temps .Il est cependant le premier à décrire une méthode d’anesthésie qui consiste à
tremper une éponge dans une solution à base d’opium,
de jusquiame
et de chanvre et de l’appliquer sur la bouche et le nez du blessé.
L’ouverture vers les médecines arabes (et la redécouverte des « anciens ») va inquiéter
l’église catholique qui ne voit pas ces « progrès » d’un très bon œil.
Des freins vont être progressivement mis afin de dissuader les prêtres de pratiquer la
médecine et, surtout, la chirurgie (l’ecclésiastique ne peut s’occuper « que » des âmes).
Ces entraves arriveront à leur paroxysme en 1215 lorsque le pape Innocent III
interdira purement et simplement aux hommes d’église de toucher le corps humain.
La chirurgie et aussi, dans une moindre mesure, la médecine, deviennent dès lors l’apanage des
laïcs.
Parallèlement à cette évolution, à l’instar d’autres corporations, les maîtres et les étudiants
vont se regrouper en associations. De ces associations naîtront les universités
(Montpellier
1180). Ces universités resteront durant des siècles sous tutelle de l’église et la matière
enseignée restera théorique et basée quasi uniquement sur l’étude des textes sacrés et des
écrits antiques.
Les chirurgiens, dépréciés par cet édit papal de 1215, seront exclus des universités et seront
dès lors considérés comme des artisans. Ils auront progressivement leurs propres écoles et
bénéficieront d’un enseignement mixte : théorie et apprentissage. Ils seront aussi astreints
à une obligation de résultats.
Il se créera, en plus, une sous-classe de chirurgien ou plutôt une extension de la fonction de
barbiers qui deviendront les « assistants » des chirurgiens. Outre le rasage et la tonsure, ils
prendront en charge les saignées, et les soins mineurs (notion toute relative).
A partir du XIIIe siècle, il y a donc quatre catégories de soignants.
Par ordre d’importance sociale :
-
Les médecins :
Erudits universitaires ayant faits de longues études uniquement théoriques mais ne
pouvant que donner des avis (prendre le pouls et mirer les urines) et rédiger des
ordonnances
-
Les chirurgiens :
Artisans de haut niveau ayant subi un apprentissage théorique et pratique (12 ans pour
accéder à la maîtrise) qui ont en charge le soins d’opérer et de traiter les plaies
sérieuses
-
Les barbiers :
Souvent regroupés avec les chirurgiens du fait de la frontière étroite entre leurs
prérogatives et les fréquents états de nécessité. Artisans purs ayant pour fonction,
en plus de celles de raser et de tonsurer, la prise en charge des « petits actes
techniques »
-
Les rebouteux :
Le plus souvent les seuls recours des indigents et les seuls présents dans les
campagnes
Au XIIIe siècle, donc, va se développer une école qui se démarquera radicalement de
la tendance « orthodoxe ».
Il s’agit de l’école de Bologne.
Plusieurs grands noms de la chirurgie médiévale vont y exercer. Il s’agit de :
-
Guillaume de Salicet (1210-1277) :
Auteur d’une « Cyrurgia » très complète qui se caractérise par une grande harmonie
entre la médecine et la chirurgie et un abandon remarquable de la cautérisation
(fer rouge) cher à Aboulcassis au profit du bistouri et de la suture
-
Théodoric est l’auteur d’un ouvrage qui se veut encore plus révolutionnaire (1267) :
Il y affirme clairement qu’il n’est pas utile et qu’il est même contre nature de
laisser se développer le pus dans une plaie.
L’évolution naturelle d’une plaie laissée à elle-même étant de s’infecter, cette
phase était considérée comme normale dans le processus de cicatrisation et était
favorisée par des onguents agressifs visant à provoquer une « suppuration louable »
-
Guido Lanfranchi poussera encore plus loin ces théories.
Il sera surtout le maître de :
-
Henri de Mondeville (1263-1320) :
Après avoir étudié la médecine et la chirurgie à Bologne puis à Paris, il
sera le chirurgien de deux rois de France (Philippe le Bel et Louis X le
Hutin). De par sa fonction, il sera amené à fréquenter de nombreux champs de
batailles et à mettre au point une technique de soins de blessures sur hommes
en armure.
Il sera aussi le plus grand défenseur de la désinfection des plaies et de
leur suture précoce.
Il résumera ses vues et techniques dans une monumentale « chirurgie » que la
mort empêche d’achever. La partie manquante devait traiter des fractures.
Il sera aussi à l’origine d’une tentative de réconciliation entre les
médecins et les chirurgiens et lancera les principes d’une règle éthique
qui n’a pas pris une ride :
« Le chirurgien doit être modérément audacieux, ne pas disputer devant les
laïques, opérer avec prudence et sagesse et ne pas entreprendre d’opération
périlleuse avant d’avoir prévu ce qui est nécessaire pour éviter le danger ».
Il faut donc que le chirurgien songe à cinq choses : premièrement à son
salaire, deuxièmement à éviter ou atténuer les méchants propos, troisièmement
à opérer prudemment, quatrièmement à la maladie et cinquièmement à la force du
malade.
Son modernisme et son statut social lui permettront d’exercer une réelle
influence sur les chirurgiens de son époque. Influence malheureusement
remise en cause par Guy de Chauliac.
-
Guy de Chauliac (+ ou – 1290-1368) :
Médecin, chirurgien et chanoine. Il sera le chirurgien de trois papes (Benoît
XII, Innocent VI et Laurent VI).Il partagera sa vie entre Lyon et Avignon.
En 1348, il se trouve en Avignon lorsque se déclare, dans cette ville la peste
noire. Il contracte la maladie et en guérit par miracle. Il sera à l’origine
d’une description détaillée de cette maladie (différence entre peste bubonique
et pneumonique).
Son œuvre, (Chirurgia Magna, plus souvent appelée « le Guidon ») sort en 1363.
Elle aura tellement d’influence qu’elle éclipsera toutes les autres chirurgies
du Moyen Âge. Elle sera rééditée et prise comme référence jusqu’au XVIIIe
siècle.
Synthèse parfaite entre les connaissances médicales et les techniques
chirurgicales de son temps, elle fait constamment référence tant à Galien qu’a
Aboulcassis.
Révolutionnaire pour ce qui concerne le traitement des fractures (avec
descriptions de tractions continues encore utilisés de nos jours), elle se
caractérise, par contre, par un net retour en arrière dans le domaine du
traitement des plaies. Elle prône en effet le retour à la suppuration quasi
systématique des plaies (bien qu’elle décrive, paradoxalement, des pansements
à base de vin ou d’eau-de-vie ; réellement désinfectants).
La théorie de Guy de Chauliac en matière d’amputations est, elle aussi, barbare
(il propose de laisser le membre « sécher » et tomber tout seul !).
Le XVe siècle est, comme beaucoup d’autres choses, en retrait du point de vue de la
chirurgie. Peu de nouveautés à signaler sauf, bien sur, l’apparition des armes à feu et, donc,
des blessures par balles.
Deux noms à signaler toutefois :
-
Hieronymous Brunswick qui fait paraître sa « chirurgie » (la première en langue allemande) en 1497.
Il reprend les théories de Henri de Mondeville, affirme « sans propreté, pas de
cicatrisation », décrit les premiers « certificats médicaux » à visée légale (avec
dénonciation des simulateurs).
Il décrit aussi les soins à apporter aux blessures par balles où il entretient la
croyance qui veut que ces blessures soient empoisonnées.
-
Hans von Gerssdorff :
Stadsherrer (barbier-chirurgien attitré) de la ville de Srasbourg lors des guerres
bourguignonne, il écrit un manuel de chirurgie de guerre en 1517 où il reprend la
potion anesthésiante proche de celle de Guillaume de Salicet, décrit très
minutieusement les techniques de réduction et d’immobilisation des fractures et
luxations. Il invente une méthode d’amputation qui permet à un lambeau de peau de
recouvrir le moignon (encore utilisée de nos jours).
Je ne peux terminer ce survol historique sans parler de :
-
Ambroise Paré (1509-1590) :
Chirurgien typique de la renaissance. Il est certes un artisan de génie, il représente la
« chirurgie triomphante » face à la médecine inefficace. Il est le chirurgien en vogue en
France durant plus de 50 ans, mais la plupart des innovations qui lui sont attribuées
existaient déjà au Moyen Âge. Il ne les a « que » redécouvertes et popularisées (ligatures
des artères, prothèses…).
Organisation :
Nous sommes dans la moitié du XVe siècle. La chirurgie est séparée de la médecine,
qui est elle-même subdivisée en deux : les chirurgiens et les barbiers.
-
Les chirurgiens ont une formation mixte :
- théorique dans des écoles qui se sont créées un peu partout
- pratique auprès de maîtres plus ou moins renommés.
La formation dure 8 ans pour être bachelier et 12 ans pour devenir maître.
Les chirurgiens sont des artisans respectés, certes, mais qui conservent les devoirs de
ceux-ci : devoir de résultat et différentes corvées (gardes de nuit, de porte et de
muraille, piquets d’incendies).
Ils en seront progressivement dispensés du fait des horaires aléatoires de leur métier.
Ils sont regroupés au sein de confréries. La confrérie de la lanterne, à Strasbourg,
regroupe outre les chirurgiens et les barbiers, les marchands de graines, les meuniers,
les négociants de farine.
A Paris, les chirurgiens et les barbiers ont leurs propres confréries. Ils sont sous le
patronage de Saint Côme.
-
Les barbiers ont une formation uniquement basée sur l’apprentissage.
Il faut 6 à 8 ans pour passer du statut d’apprenti à celui de valet et enfin, maître.
Leur tâche, en plus du rasage et de la tonsure, comprend la saignée, l’incision d’abcès
et, plus généralement, les soins apportés aux plaies « non mortelles ».
Cette belle hiérarchie s’écroule en temps de guerre. En effet, même s'il est habituel de voir
les chirurgiens et les barbiers accompagner les armées, ils sont fort peu nombreux et le
travail ne manque pas. Les chefs sont soignés en priorité et il n’y a aucune organisation. C’est
le règne de la débrouille pour la grande majorité des blessés. Beaucoup sont abandonnés sur le
champ de bataille et, parfois, dévorés par les loups.
C’est à cause de ce chaos ainsi que de la gravité et du pronostic des blessures que la pratique
d’achever les blessés est monnaie courante.
Cette hiérarchie sera aussi souvent remise en cause par des formes de « lutte des classes ». Les
barbiers, plus nombreux, essayant de grappiller des prérogatives aux chirurgiens et ces
derniers, imbus de leur « art », délaissant de plus en plus les tâches « bassement manuelles ».
Il est à noter d’ailleurs que cet état de fait persistera longtemps après la fin du Moyen Âge
et que les chances de survie des blessés des campagnes napoléoniennes ne sont pas supérieures
à celles des guerres de la fin du XVe siècle.
Aspects techniques :
-
En temps de paix :
Les interventions des chirurgiens sont nombreuses et variées. Citons, de manière non
exhaustive :
- l’incision des abcès
- la réduction et l’immobilisation des fractures et luxations
- l’excision des tumeurs superficielles
- le traitement des hernies inguinales
- le traitement des fistules anales
- le traitement des polypes nasaux
- la réparation des becs de lièvre
- les soins dentaires (avec arrachage, dévitalisation d’une dent par cautérisation, remplacement d’une dent par un morceau d’os de bœuf)
- les saignées
- la pose de ventouses …
Illustration
d’opération de fistule anale, d’abaissement de cataracte et d’extraction de polypes
nasaux (XIII-XIVe siècle ; école de Salernes)
-
En temps de guerres :
-
Extraction des flèches et carreaux :
C’est un des problèmes les plus anciens de la chirurgie de guerre. Les
« antiques » y consacraient déjà une grande part de leurs écrits et les
chirurgiens du Moyen Âge confirment cette importance.
La difficulté vient d’une part de la variété des pointes de flèches utilisées
et, d'autre part, de leurs modes d’attache à la hampe (en pointe ou en douille)
ainsi que de la faiblesse de cette attache (qui entraîne la séparation des deux
parties à la moindre traction).
Il est communément d’avis qu’il faut retirer les flèches le plus rapidement
possible.
Par traction, si possible ou en repoussant le fer dans le sens de sa
pénétration afin de le faire ressortir de l’autre côté, s'il est trop
profondément enfoncé, à l’aide d’un « impulsoir » adapté au type de flèche.
Paul d’Egine
est à l’origine de la description de ces impulsoirs.
Aboulcassis met au point, pour retirer les flèches, une pince « à bec
d’oiseau » crantée. Il préconise aussi de laisser la flèche en place si elle
résiste et de réessayer chaque jours en effectuant des mouvements de torsion et
en diminuant la résistance des chairs par des onguents spéciaux.

Henry de Mondeville et Guy de Chauliac sont à l’origine de la technique de
l’arbalète pour extraire les flèches trop enfoncées.
L’abstention thérapeutique (ne rien faire) était aussi très souvent une
attitude employée, lorsque les flèches étaient plantées dans un organe
noble.
Le fait que la flèche, plantée dans la partie gauche du thorax,
bouge avec les battements du cœur, ou que de la cervelle sorte de la plaie
ou encore que de l’air s’échappe de la plaie du thorax signifiait une
atteinte, respectivement, du cœur, du cerveau ou du poumon.
Le rôle du chirurgien, dans se cas, se bornait à annoncer la fin prochaine
du blessé.
Il est à noter, d’ailleurs que c’était très important de prévoir le décès
et de le dater le plus précisément possible. Outre l’obligation de
résultats qu’avaient les chirurgiens (soit réussir, soit annoncer qu’ils ne
pouvaient rien faire), le blessé, informé de son sort, pouvait se « mettre
en ordre » avec dieu.
-
Soins des plaies :
Le principal problème posé par les plaies est l’infection qui en
résulte. Cette infection, appelée « suppuration » à l’époque était
tellement fréquente qu’elle était considérée comme une phase normale de la
cicatrisation des blessures.
Tout était mise en œuvre pour provoquer cette « suppuration louable » un
certain temps. Il s’agissait de l’application d’onguents « maturatifs » et
du maintien béant de ces plaies.
Les premiers à remettre ce dogme en cause furent les chirurgiens de l’école
de Bologne (Théodoric et Lanfranchi). Ils furent repris par Henri de
Mondeville qui établit un guide de soins de plaies préconisant l’utilisation
de vin dans la plaie, l’assèchement le plus rapide par l’utilisation de
pansements secs et la suture précoce, après avoir assuré l’arrêt des
saignements par ligature des vaisseaux sanguins sectionnés et l’évacuation
des corps étrangers.
Les fils utilisés étaient en soie, en lin, en cheveux, en corde de luth
(pour la ligature des artères) ou encore…en boyau de chat ou de mouton
(catgut). Les points de sutures étaient très ressemblants à ceux utilisés
de nos jours.
Ces méthodes de ligature tranchaient avec les techniques d’Aboulcassis qui
utilisait presque exclusivement la cautérisation au fer rouge pour arrêter
le sang.
Guy de Chauliac opérât malheureusement un funeste retour en arrière en
remettant au goût du jour la suppuration comme méthode de cicatrisation.
Cette technique prédominât jusqu’au XVIIIe siècle (même A. Paré ne la
démentit pas), même si certain, tel H. Brunswick s’en écartât et prônât, à
la fin du XVe siècle, la propreté des plaies.
-
Amputations :
L’amputation, dernier recours en cas de gangrène d’un membre est connue
depuis la nuit des temps. Les techniques ont cependant évolué durant le
Moyen Âge.
Aboulcassis avait pour habitude de couper le membre dans l’articulation et
de cautériser tout ce qui saignait ainsi que le moignon. Certains autres
coupaient dans la partie infectée (ce qui était ridicule vu que la gangrène
pouvait reprendre facilement).
Henri de Mondeville, ainsi que H. Brunswick, coupaient au-dessus de la
plaie et essayaient de ligaturer les artères mais la difficulté résidait
dans le fait que la ligature prenait l’artère mais aussi les muscles et
même la peau ce qui la rendait inefficace. Ils utilisaient aussi des aluns
de roches ou de l’arsenic comme hémostatique.
Guy de Chauliac amputait très peu. Il préférait poser un garrot et des
pansements sur le membre gangrené et attendre qu’il tombe, avec les
douleurs et la mortalité par septicémie (infection généralisée) qu’on
imagine.
Hans von Gerssdorff est à l’origine d’une taille de lambeau particulière
qui permet à la peau de revenir sur le moignon et, ainsi, de faciliter la
cicatrisation (encore utilisée maintenant).
-
Trépanation :
La trépanation (le fait d’ouvrir le crâne) est connue depuis la
préhistoire. C’est un technique qui fût utilisée durant tout le
Moyen Âge dans les cas de blessure à la tête avec enfoncement osseux.
On estime que cette pratique sauvait 20 à 30 % des blessés. Les moyens
utilisés ont varié avec le développement de la technologie. A la fin
XVème siècle, des trous sont percés à l’aide d’une «chignole»
pour affaiblir l’os et des espèces de burins et marteaux (des
lenticulaires) sont utilisés pour compléter les «pointillés» ainsi
obtenus. On se sert de leviers pour dégager le morceau d’os et mettre
ainsi «à nu» les membranes (méninges) qui recouvrent le cerveau. On peut
ainsi «nettoyer» la surface du cerveau et recouvrir ensuite de la plaque
osseuse précédemment enlevée qui se soudera d’elle-même si celle-ci est
encore en état. Dans le cas contraire, la peau est simplement ramenée
sur les méninges et suturée.
Trousse de trépanation du XVIème siècle.
Trépanation.
-
Fractures et luxations :
La fracture est une des blessures les plus fréquentes. Pourtant, près
de 95% des fractures retrouvées sur les cadavres des batailles
médiévales ont consolidé (se sont réparées) et, dans près de 50% des
cas, sans handicap.
Ce sont les fractures ouvertes qui sont les plus graves. Elles
entraînent des infections qui se transmettent aux os et qui donnent,
dans ce cas, des gangrènent obligeant l’amputation. C’est pourquoi ces
plaies sont prises très au sérieux et qu’elles sont systématiquement
explorées. Les débris de terre et d’os sont enlevés, les os sont remis
en place (plus ou moins) et un bandage rigidifié grâce à un mélange de
farine et de blanc d’œuf et complété par des attelles est réalisé.
Aboulcassis décrit les premiers bandages «fenêtrés» qui permettent un
contrôle direct de l’état de la plaie.
Guy de Chauliac est à l’origine de système de traction continue afin
d’empêcher les os de se chevaucher.
Appareil destiné à la réduction des fractures et luxations (H. von Gerssdorff, 1517).
-
Plaies par balles :
Les armes à feu, apparues à la fin du XIVème siècle
entraînent l’apparition à leur tour d’un nouveau type de blessures :
les plaies par balles. Ces plaies ont la particularité d’avoir une
entrée très petite mais d’être souvent très profondes. Elles occasionnent
des décès même aux blessés qu’on croit peu atteint.
De cette particularité va naître la croyance qu’elles sont empoisonnées,
mais nul ne sait si le poison vient de la balle, de la poudre ou même de
l’air.
Les chirurgiens vont donc, outre développer des techniques d’extraction,
utiliser des moyens passablement barbares afin de contrer ce prétendu
poison.
H. Brunswick utilisera du lard et de la thériaque (une préparation à
base de plus de 55 ingrédients sensée être bénéfique pour quasi toutes
les pathologies) qu’il enfonce dans la plaie.
Jean de Vigo ira encore plus loin. Il fait couler dans ces lésions de
l’huile de sureau bouillante accompagnée de thériaque.
C’est A. Paré qui, par hasard en 1537, aura l’idée de remplacer cette
huile bouillante dont il venait de tomber à court par une préparation à
base d’huile de rose et de térébenthine (réellement désinfectante). Le
résultat étant miraculeux, il abandonnera l’huile de sureau.
Tous les blessés, quel que soit le type de blessure, subissaient la saignée
et le clystère (lavement). La saignée était sensée évacuer les «mauvaises
humeurs» et les clystères combattaient «l’apostème» (l’inflammation).
Ils étaient, de plus, mis à la diète sévère pendant une quinzaine de jours.
H. de Mondeville remis en question cette diète car il avait observé que les
blessés bien nourris se remettaient plus facilement. Il conseillait même un
régime riche en viande et en vin.
Deux notions pour terminer :
-
L’anesthésie :
Elle est décrite pour la première fois par Roger de Parme. Il utilise
une éponge imbibée d’une solution à base d’opium, de chanvre et de
jusquiame qu’il applique sur la bouche et le nez de la personne à
endormir.
Elle est reprise par guillaume de Salicet sous une formule un peu
différente mais comprenant toujours de l’opium.
Hans von Gerssdorff en fait encore mention.
Il semblerait cependant que cette technique ne se soit pas généralisée
au Moyen Âge. Pire même, elle disparaît totalement au XVIème
siècle pour ne réapparaître ………… qu’en 1850 !
Les raisons de ce peu de succès : des problèmes de dosage entraînant
des accidents (toujours la responsabilité de l’artisan qu’est le
chirurgien).
-
La dissection :
Une des raisons principales aux limites des chirurgiens du Moyen Âge est
la méconnaissance de l’anatomie humaine.
Des dissections avaient lieu de manière régulière en Egypte sous le
règne des Ptolémées (V-Ier siecle BC).
La chrétienté, comme l’islam, voyait d’un mauvais œil la dissection des
cadavres. Cette pratique fût interdite pendant longtemps. Frederik II
Barberousse (Empereur du Saint Empire Germanique) qui avait l’école de
Salernes sur son territoire, accordât un cadavre à disséquer tous les
cinq ans à partir de 1240.
Henri de Mondeville réalisa des dissections à moitié clandestines
(protégé par son statut de chirurgien royal).
Ce n’est qu’à partir de la deuxième partie du XIVème siècle
que les dissections se répandirent. Les cimetières commencèrent à être
pillés de leurs cadavres frais. Les dissections étaient faites
immédiatement et en continu et nombreux furent les chirurgiens qui
moururent des infections contractées en découpant des cadavres en
décomposition.
Mais ce travail portât ses fruits et préparât le terrain pour la
renaissance et ses anatomistes (Vésale).
Dissection d’un cadavre au XVème siècle.
Conclusions :
Durant les dix siècles du Moyen Âge, la chirurgie, contrairement à la médecine a progressé. Bien
sur ces progrès n’ont pas été constants et de nombreux retours en arrières ont été opérés,
souvent au nom du dogme médical immuable en vigueur à l’époque.
Des grands hommes ont brillés dans cette discipline. Des observateurs perspicaces à l’esprit
ouvert, tels Henri de Mondeville ou Lanfranchi de Milan.
Mais des personnages moins « modernes » ont malheureusement souvent éclipsés ces chirurgiens
(Guy de Chauliac).
Tout le monde n’en a pas non plus profité. Les chirurgiens étant des artisans de « haut rang »,
leurs soins coûtaient cher et étaient donc, en temps de paix, réservés à une élite.
En temps de guerre, le manque d’organisation et la rareté des chirurgiens n’étaient pas
compensés par leur dévouement. Les techniques étaient souvent déficientes et douloureuses.
De ce fait, la mortalité sur champ de bataille était effroyable. Les blessés mourraient
d’infection, d’hémorragie quand ils n’étaient pas simplement achevés par leurs compagnons ou
laissés aux loups.
Mais ces chirurgiens et ces barbiers ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens techniques et
humains limités qu’ils avaient.
De nombreuses vies ont été sauvées et la voie vers la médecine et la chirurgie moderne est
passée par ce Moyen Âge chirurgical et y a puisé des concepts qui sont encore d’application
de nos jours.
Bibliographie :
- Mario Tabanelli ; « Techniche e strumenti chirurgici del XIII e XIV secolo »
- Pascal Gaulain ; « Barbiers, chirurgiens et médecins ; l’art de soigner et réparer le corps au Moyen Âge » ; ed Pixures
- Karine Trotel-Costedoat ; « La chirurgie au Moyen Âge ou le corps médical désarticulé » ; Moyen Âge no 12
- Jocelyne Brouet ; « La chirurgie médiévale » ; Histoire médiévale no39
- R Perrot ; « Le traitement des blessures au Moyen Âge » ; Paléobios vol 1 no 1-2
Texte de Jean-Louis Piette.
Libre de copyright, veuillez simplement citer la source.
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